Épisode 12 – Tours et détours en Arménie

Erevan : Une visite officielle

Ce Jeudi 11 Octobre, nous décidons d’aller visiter Erevan, la capitale. En approchant de la ville, de grands panneaux annoncent en français : « Oui, nous parlons français. » En effet, la capitale Arménienne accueille le 17ème Sommet de la Francophonie. Ca vous fait une belle jambe ? Et bien nous aussi !

Sommet de la Francophonie

Nous pensons alors que la ville risque d’être bloquée pour recevoir les différents chefs d’état étrangers, mais non, au lieu de ça les avenues sont désertes, et les dizaines de voitures de police sont bien rangées devant les différents cafés de la ville. Nous sommes en avance sur les délégations étrangères ! Nous nous garons le long d’une avenue immensément vide vers la Place de la République sur laquelle est installée une énorme estrade qui gâche affreusement la vue. On profite du calme étrange de la ville dans un café pour avoir un peu de wifi, et nous regardons aussi les formalités pour se rendre en Iran, juste au cas où… 

Puis nous continuons notre visite par la Place de le Liberté, où est installé le « Village de la Francophonie », et tout à coup, le dépaysement fait marche arrière, tout est écrit en français, tout le monde parle français… C’est assez bizarre de se sentir revenir au pays de cette façon ! Les différents stands n’ont qu’un intérêt marketing, et c’est pourquoi Vincent va plutôt parler aux secouristes de la Croix Rouge Arménienne, en poste sur l’évènement. Ils semblent s’ennuyer sec, et la visite d’un secouriste de la Croix Rouge Française leur fait très plaisir, et ils décident de nous offrir en cadeau des badges officiels.

Entre temps, la police a bouclé tous les accès à la place de la République, ainsi que plusieurs avenues. Mais les policiers nous laissent passer grâce à nos nouveaux badges de la Croix-Rouge Arménienne ! La classe !

Un petit tour à la Mosquée Bleue, histoire de changer un peu des monastères et de nous motiver pour faire les démarches du Visa Iranien, que nous venons tout juste de décider de tenter ! Nous enchaînons par quelques photocopies et des photos d’identités (Lola doit être voilée, ça va de soi ^^)

Mosquée Bleue de Yerevan

Je vous parle d’un temps, que les moins de vingt ans…

L’accueil des Arméniens est très chaleureux, et la France tient une place particulière dans leur coeur. De plus, Charles Aznavour est décédé il y a tout juste une semaine, et il y a des posters de lui absolument partout, et ses chansons sont diffusées en boucle à la radio, à la télé et même sur des haut-parleurs en pleine rue…

Impossible de ne pas le savoir : Aznavour est mort.

Une rencontre au sommet (des escaliers)

Après avoir repris des forces sous la forme de Khinkalis bien gras et juteux, nous repartons place de la Liberté et nous dirigeons vers « La Cascade. » Il s’agit d’une sorte d’immense escalier gravissant une colline qui surplombe la ville, c’est un monument national. A la base de ces escaliers on peut trouver différentes oeuvres d’art, et apparement sous les marches se trouve une galerie d’art avec des expos permanentes que l’on visite par le biais d’un escalator qui vous emmenèe au sommet, mais aujourd’hui à cause de la Francophonie, il va falloir prendre les escaliers !

La « Cascade »

Nous arrivons en haut de la Cascade, la vue sur Erevan est sympa, mais nous souhaitons aller plus haut, en direction du monument de la « Mère Arménie » et nous continuons l’ascension. Un attroupement de gens en costard attire notre attention. Il y a en haut de ces escaliers plusieurs limousines noires, un tas de gars en costume, ainsi que des caméras. Nous nous retrouvons bloqués par un type qui nous dit de reculer, et en français ! Nous ne relevons pas, après tout, c’est le sommet de la Francophonie…

Et là, subitement, deux têtes tristement famillières émergent d’un groupe de journalistes :

On croise pas mal de Français ici finalement…

Les Arméniens sont affolés, ils ont même amené des bouquets de fleurs, des gens appelent « Brigit !!! » C’est plûtot rigolo, on regarde nos deux souverains prendre les escaliers de la Cascade et se diriger vers le centre et nous continuons notre balade vers le Parc de la Victoire, et son monument emblématique : la Mère Arménie. Une imposante  sculpture de 36m qui a remplacé celle de Staline à la chute de l’URSS. Elle est entourée de chars d’assaut, de lance-missile et d’avions de chasse. Dur de faire plus patriotique !

La Mère Arménie

Camping Paradis(iaque)

Nous récupérons le Vito et prenons la route de Garni, où nous avons repéré un camping ! Et oui, ce n’est pas banal dans ce pays, où apparement il n’en existe que 3… Mais celui-ci vaut le détour ! Tenu par un couple de Hollandais très sympa, l’endroit est paradisiaque : piscine, grande salle commune avec une cuisine suréquipée, poële à bois, douches immenses et chaudes, machine à laver, électricité… Rien ne manque !

Nous y rencontrons Morgan & Marie, un couple de français venus avec leur J9 (et oui !) à Erevan, et en attente d’un logement dans la ville où ils ont prévu de rester un an ! (Marie y étudie en Erasmus)

Le paradis !

Après une bonne nuit de repos, nous entamons officiellement les démarches pour obtenir un Visa pour l’Iran. Après tout, c’est juste à côté, ça serait trop bête de ne pas tenter, même si les avis sur internet sont parfois très décourageants… Mais qui ne tente rien, n’a rien !

Vincent et Morgan partent en stop dans le village d’à côté pour tenter de ramener de quoi faire un barbecue ce soir. Mission presque réussie : ils reviennent avec des sortes de knackis énormes qui se révèleront ignobles, seul Tommy, leur chien, en voudra !

Le lendemain, nous décidons d’aller tous les 4 visiter le Temple de Garni, tout proche. Il s’agit d’un temple Grec du premier siècle, ce qui change des monastères, et ça fait du bien ! Le temple en lui même est assez quelconque, est il est bien trop touristique pour être appréciable ! Son emplacement en revanche est très joli, sur un plateau, surplombant une rivière qui creuse son lit dans des orgues de basalte. Vraiment sympa !

Nous faisons un petite balade vers le lit de la rivière pour admirer ces étranges formations géologiques.

Vue du temple
Temple de Garni

Nous profitons au maximum des installations du camping : frites maison, gâteau au chocolat… le tout devant OSS 117 sur la télé de la salle commune !

Des transports hors du commun

Le lendemain nous décidons de retourner à Erevan visiter d’autres endroits de cette ville plutôt agréable pour une capitale. Pour effectuer les 40 kms qui séparent le camping d’Erevan, nous optons d’abord pour le stop, mais la route est déserte, et finalement nous montons à bord d’un marshrutka : une sorte de mini-bus qui fait les petites liaisons. Il s’agit de vieux véhicules gros comme un renault trafic, conçus pour une douzaine de personnes, mais notre record est de 31 personnes entassées là-dedans. Disons que ça crée des liens…

Nous prenons ensuite le métro, resté inchangé depuis plus de 30 ans, les stations sont vides, il n’y a qu’un seul banc pour toute la station, rien d’autre… 

La ville est fière de son âge : 2800 ans, ce n’est pas rien !

Tournez Manèges !

Nous rejoignons Marie & Morgan dans le Parc de la Victoire, que nous rebaptisons aussitôt en Parc des Enfants Morts, car il y a dans ce parc une sorte de fête foraine permanente qui semble dater de la chute de l’URSS, et qui donne à l’endroit des airs de Tchernobyl…

En route pour le Parc des Enfants Morts !
Vraiment flippant…

Nous essayons presque tous les manèges, dont une sorte de grand huit dont les pieds en feraille se soulèvent quand les chariots passent, tout grince, des pièces tombent, les câbles tiennent avec du scotch… Frissons garantis !

Après avoir traumatisé des enfants dans des auto-tamponneuses, nous trouvons enfin ce qui sera le clou du spectacle pour nous : une piste de karting. Il n’y a que deux karts et un… buggy ! Mais nous n’hésitons pas une seconde ! D’autres français, des amis de Marie et Morgan sont avec nous et ils fixent une Go-Pro sur le buggy que prend Vincent, pour immortaliser ce qui s’annonce être une course de dingue !

Et oui, c’est le crash ! Le moteur plutôt nerveux de ce buggy qui n’a rien à faire sur un circuit de karting, n’a pas grand chose à voir avec notre mou mais fidèle Vito ! C’est l’accident ! Plutôt spectaculaire, mais malgré l’absence de casque, Vincent n’aura pas grand chose à part quelques égratignures… En revanche, les gérants du circuit n’ont pas voulu qu’on finisse la course, on ne sait toujours pas pourquoi… 🙂

Nous enchaînons ensuite sur une autre attraction pour enfants : un petit train qui longe la rivière et relie 2 petites gares. Nous attendons plus de 45 min que ce train démarre, pour un trajet total de 5 min… Super ! Une riche idée de Vincent, que l’on remercie !

Nous finirons la soirée au Stop Club, un bar sympa, à boire des bières avec nos 6 nouveaux amis français, et nous rentrerons tant bien que mal en stop à bord d’une Lada hors d’âge malmenée par des Arméniens plus saouls que nous… 

Geghard

Après ces excès, une balade au monastère du coin s’impose ! Il s’agit du site de Geghard, un très vieux monastère en partie troglodyte, caché au fond d’une gorge. Nous tentons à nouveau le stop, sans succès ! Tant pis, marcher nous fera du bien !

En chemin nous croisons deux mamies en train de préparer et cuire des gâteaux dans un four traditionnel. Ici les fours sont enterrés dans le sol, et il faut soit coller le lavash (pain) contre les parois, soit descendre les gateaux à l’aide d’un petit panier.

Un four traditionnel

Et surtout : c’est délicieux ! Nous en achetons deux et en avalons un entier en moins de 10 minutes !

Nous arrivons tôt au Monastère de Geghard, il n’y a encore personne et nous pouvons profiter du lieu pour nous tout seuls !

Derrière le monastère nous trouvons un pont autour duquel les arbres sont remplis de mouchoirs. Ce sont des voeux et des prières. De là, un sentier escarpé permet de gravir la colline qui domine le site, la montée est périlleuse, mais la vue en vaut la chandelle !

La partie troglodyte du monastère.

Un devoir de mémoire

Aujourd’hui, retour à Erevan pour visiter le Mémorial de Tsitsernakaberd, ainsi que le Musée du Génocide Arménien. Nous commençons à être à l’aise avec les différentes lignes de Marshroutka, de trolley, de bus et de métro…

Le site du mémorial est bâti sur une colline en périphérie de la ville. C’est vaste, propre, sobre. Impressionnant.

Le musée est enfoui sous le site. Il est également très sobre et l’atmosphère y est particulière. Les faits ayant amenés à ce crime contre l’humanité y sont exposés, argumentés et détaillés sans prosélitisme, simplement et scientifiquement. Les documents historiques, les photos et les récits d’époque sont nombreux et saississants. Nous y restons plus de 2 heures, et ressortons un peu secoués. La façon dont ce peuple a été persécuté puis massacré méthodiquement sans que personne ne vienne à leur secours aura inspiré le génocide suivant, et nous méditons cette phrase inscrite à la fin de la visite :

« Qui parle encore aujourd’hui de l’extermination des Arméniens ? »

Adolf Hitler, 1939

Une petite virée au Sud

Cela fait maintenant une semaine que nous sommes au camping et que nous trainons dans Erevan. Nous n’avons jamais été aussi propres ! Nous commençons quand même à tourner en rond et nous mettons donc le cap au sud, en direction de Khor Virap, un… monastère qui semble plutôt calé !

Vue du Monastère de Khor Virap

De là, on peut clairement voir la frontière turque (fermée depuis 1915) avec l’Arménie, des jeeps circulent régulièrement entre les deux rangées de barbelés, des miradors hérissent le bord de la route. Flippant.

L’église du monastère
Le mont Ararat

D’ici on peut aussi très bien voir le Mont Ararat, (là où se serait échouée l’Arche de Noé…) avec son sommet enneigé. Il est aujourd’hui du côté Turc de la frontière.

Nous descendons toujours plus au sud, en direction du monastère de Novarank, l’un des plus célèbres d’Arménie. Il fait beau, presque chaud, et la route pour y aller est très belle !

Le monastère de Novarank et son escalier flippant !

La vue est splendide, l’église a la particularité d’avoir 2 niveaux, et l’on accède au niveau supérieur par un escalier minuscule sur la facade : si la montée est facile, la descente est risquée !

Nous essayons de finir cette journée par la visite d’une forteresse cachée dans les montagnes, mais après quelques kilomètres de piste défoncée, la route est carrément innondée ! Impossible de passer ! La nuit tombe, nous dormirons donc ici, au milieu de nulle part !

Et un petit tour au lac…

Toujours en quête d’air pur après être resté longtemps sur Erevan, nous prenons la direction du Lac Sevan, le plus grand lac d’Arménie et même de tout le caucase (1300 km² tout de même, et surtout le plus haut : 2000m d’altitude !)

Nous prenons pour nous y rendre la passe de Selim, pour visiter en chemin le Caravanserai de Selim. Il s’agit d’une sorte de relais routier de l’époque où les caravanes traversaient ces contrées pour aller ou revenir d’asie, par les fameuses routes de la soie. Un endroit sobre mais imposant !

Le caravansérail de Selim

Nous arrivons sur les berges de ce qui ressemble plus à une mer intérieure qu’à un lac, c’est immense ! De nombreuses barques de pêcheurs sillonnent le lac pour ensuite vendre leurs poissons au bord de la route. C’est tentant mais nous avons déjà suffisament à manger. Nous continuons la route jusqu’à un autre monastère (ça alors !), celui de Sevanavank, perché sur une presqu’île, entouré par le lac Sevan. Très photogénique !

Sevanavank

Ce soir, nous dormirons sur les bords du lac, en compagnie de chevaux échappés de leur pré, en vérifiant régulièrement sur le site du Ministère des Affaires Etrangères Iranien si notre demande de E-Visa (nécessaire à l’obtention du Visa) est acceptée. En vain.


Շնորհավոր Ծնունդ !

Aujourd’hui, c’est l’anniversaire de Lola (comme le titre l’indique !) et après le traditionnel gâteau et les bougies, les cadeaux sont ouverts ! Un ramassis de babioles achetées quelques Drams à la superette du coin, mais c’est l’intention qui compte ! 

Paperasse perse 

Nous trainons une journée de plus au bord du lac, puis le jour d’après nous redescendons sur Yerevan (à nouveau) pour faire des papiers en vue de notre Visa. Nous nous rendons ensuite à l’ambassade d’Iran, pour tener le bluff et demander les Visas sans avoir reçu notre E-Visa pourtant obligatoire. 

Nous pensons rentrer dans un antre de Gardiens de la Révolution, prêts à nous donner des coups de fouet si nous répondons mal à leurs questions ou si le voile de Lola est mal mis… Il n’en est rien ! Nous sommes accueillis par un personnel très sympathique, il y a du thé et des biscuits… De nombreux autres voyageurs sont présents en quête du Saint Graal, certains repartent en souriant, d’autres pas… Tout le monde n’ira pas en Iran.

On nous demande de revenir dans 3 jours en nous assurant que tout sera bon, et qu’on pourra faire la demande de Visa. Nous n’y croyons qu’à moitié, mais nous prenons note !

Nous retournons donc au Camping pour passer les 2 prochaines nuits… Nous rencontrons un couple d’Allemands en moto, qui reviennent… d’Iran ! Ils nous livrent leurs expériences, leurs conseils et notre motivation augmente d’un cran !

Il n’y a pas que nous qui devons montrer patte blanche pour entrer en Iran : le Vito également ! En effet, l’Iran (comme d’autres pays) demande aux voyageurs véhiculés de présenter un document douanier appellé « Carnet de Passage en Douane » (CPD). Ce carnet prouve que vous êtes rentrés et sortis d’un pays avec votre véhicule, le but est d’éviter les importations illégales de voiture. Et pour cela il faut déposer à l’Automobile Club de France une caution égale à 250% de la valeur du véhicule… (avec un minimum à 3500€ pour les véhicules qui ne sont plus côtés à l’Argus)

Cela représente un budget conséquent pour nous, et nous ne pouvons pas nous le permettre, de plus, il y a des frais (150€ pour le carnet, plus les frais d’envoi en Arménie de 60€…) Nous décidons de trouver un autre moyen, et il existe : Hossein !

Il s’agit d’une sorte de « passeur » dont le métier consiste à fournir aux voyageurs véhiculés un laissez-passer qui dispense de ce fameux CDP. Malgré les apparences, c’est légal et d’après plusieurs avis de gens ayant fait appel à lui (merci Lolo !), il est fiable. 

Fiable, mais pas gratuit, ses services nous reviendront à 600$ avec l’assurance obligatoire incluse. Nous le contactons donc pour arranger tout ça.


Շնորհավոր Ծնունդ ! (encore !)

Aujourd’hui c’est l’anniversaire de Vincent ! Bougies, cadeaux, et… un mail venu d’Iran pour nous dire que nous avons les e-visas ! Quelle bonne nouvelle 🙂

Paperasse perse ! (toujours…)

Nous retournons à l’ambassade comme prévu, avec tous nos papiers et nos fameux e-visas. Mais tout ne se passe pas comme prévu, ils ne nous trouvent pas dans la base de données, puis l’ordinateur tombe en panne, nous devons attendre plus de 3 heures, et finalement nos passeports nous sont rendus… avec le Visa Iranien !!!

Un visa c’est bien, deux c’est mieux !

Nous sortons de l’ambassade Iranienne et traversons 2 rues avant de rentrer dans… l’ambassade du Nagorno-Karabagh. Cette république auto-proclamée à la chute de l’URSS est un territoire contesté, revendiqué par l’Azerbaïdjan, et avec lequel elle a été en guerre ouverte plusieurs fois, dont la dernière en 2008…

Deux salles, deux ambiances… Ici, rien à voir avec l’ambassade d’Iran, moderne, luxueuse et bien protégée. Nous entrons dans ce qui semble un vieux HLM dont la grille ne ferme plus, puis nous pénétrons dans un hall défraichi, avec des plantes en plastique, un vieux bureau en formica, pas de lumière et surtout personne !

Après avoir visité quelques bureaux, nous trouvons le bon, remplisssons la demande, payons et hop ! Le visa (fait main) pour le Haut-Karabagh vient prendre place à côté de celui de l’Iran, nous interdisant définitivement de visiter un jour l’Azerbaïdjan !

Il est tard, nous dormons dans la capitale, nous avons vu Hossein la veille, qui nous a « arrangé » les papiers pour le Vito en Iran.

Demain, nous passerons une frontière de plus, mais une qui n’est pas reconnue internationalement, celle du Nagorno-Karabagh !

Au revoir l’Arménie ! Bonjour le Haut-Karabagh !

Épisode 11 – Premiers pas en Arménie

Le Nord

Nous passons la frontière entre la Géorgie et l’Arménie près de la ville d’Haghtanak, après une fouille rapide et la souscription à une assurance auto obligatoire, les formalités sont effectuées, nous pouvons souffler !

L’Arménie nous attend !

Nos premiers kilomètres arméniens ressemblent fatalement aux derniers effectués en Géorgie : la route est pourrie, c’est gris, partout, les murs, le ciel… Nous arrivons dans la petite ville industrielle d’Alaverdi en même temps que la pluie. Cette bourgade abrite plusieurs mines de cuivre et des usines qui expédient dans le ciel déjà gris une épaisse fumée noire. Ce n’est pas vraiment un paysage de carte postale.

Ici, les bus permettent aussi de voyager dans le temps…

La nuit tombe, et nous sommes fatigués de cette longue journée, nous nous arrêtons donc dans une Guesthouse pour passer la nuit, préparer la suite de notre voyage avec du wifi et prendre une vraie douche bien chaude !

Le matin suivant, autour d’un copieux petit déjeunuer, nous rencontrons une mamie Belge qui a beaucoup voyagé, ainsi qu’une famille de Polonais, et nous échangeons nos avis et nos plans sur l’Arménie.

Nous partons pour visiter notre premier monastère arménien, celui d’Akhtala, en haut d’une colline surplombant une rivière. Avec du soleil, la vue doit être sympa 🙂 L’intérieur nous réserve des surprises, de belles fresques, une voûte impressionante et surtout… c’est la messe ! Et oui, nous sommes Dimanche, et un prêtre habillé comme un pape célèbre la messe, accompagné par des enfants de choeurs très investis et des femmes qui chantent des cantiques. Immersion garantie !

Fresque du monastère d’Akhtala

Puis nous enchaînons avec le monastère voisin, sur l’autre rive de la rivière Debed, le monastère d’Haghpat, un complexe plutôt grand, avec pluseurs églises, un réfectoire, des tombes, c’est vraiment très beau !

Monastère d’Haghpat

Puis nous finissons ce triplé de monastères avec celui de Sanahin, tout aussi imposant bien qu’en restauration, ce qui fait que nous ne pouvons pas le visiter entièrement.

A présent, nous mettons le cap sur le Parc National de Dilijan, en quête d’un peu de verdure, en pour visiter un… autre monastère ! Après une nuit dans un silence absolu et dans un froid relatif, le soleil est de retour, nous visitons le site magnifiquement restauré d’Hagarstin, avec à nouveau plusieurs églises, des lieux de vie pour les moines, des tombes, etc…

Site d’Hagarstin
Hagarstin

Autour du monastère d’Hagarstin, dans le Parc National de Dilijan, la forêt est plus tentante, et le soleil qui brille à nouveau nous incite à aller nous balader sur l’un des nombreux sentiers du Parc. Suivis de près par un chien errant très amical, nous suivons le sentier de la « cascade cachée », à l’affût d’ours ou d’autres animaux que nous ne verrons toujours pas… La balade n’est pas folle, mais c’est agréable.

Nous nous dirigeons maintenant vers un petit lac repéré sur la carte un peu plus tôt : Parz Lich. Nous pensons nous rendre dans un écrin de verdure, au calme, loin de tout. Au lieu de ça, après une ascension interminable sur une route défoncée, nous arrivons dans une sorte de mini Club Med local… Le lac n’est en fait qu’une grosse flaque sans charme, entouré par un resto, un bar, un loueur de barques, un accrobranche, et au final, pas mal de monde ! Un échec !

Les routes soviétiques

Le lendemain, nous reprenons la route. Conduire ici est assez fatiguant, il faut sans cesse scruter la route pour éviter les innombrables nids de poules qui parsèment le goudron, quand goudron il y a. La chaussée est vieille et fatiguée, les glissements de terrain et les séismes ont fait des dégats, qui sont rarement réparés. Il faut en plus être attentif aux vaches en liberté qui se promènent toute la journée sur la route, et aux conducteurs locaux, qui doublent quand bon leur semble, la visibilité n’étant pas un critère. Ainsi, des légions de Lada, Jigouli et autres Kamaz, ces camions hérités de l’époque soviétique, parcourent les routes sineuses d’Arménie apparement sans aucune notion de code de la route, c’est… déroutant !

La voiture la plus répandue : l’increvable Lada !

Un petit arrêt pour faire les pleins d’eau, de nourriture et d’essence dans la ville triste de Dilidjan, et nous repartons aussi sec, il n’y a rien ici qui merite de s’attarder… Nous tentons alors de rejoindre le lac Sevan que nous voulions voir. Nous y arrivons bel et bien, mais la brume nous empêche de voir quoi que ce soit ! Nouvel échec !

Le long de la route, de nombreux vendeurs essayent d’écouler des baies oranges, et leur jus, dans de vieilles bouteilles de coca. Curieuse, Lola décide d’essayer, il s’agit de baies d’Argousier, et le jus est absolument ignoble, c’est amer, imbuvable ! Echec encore !

Une bonne tranche de Khatchkar

Aujourd’hui, direction Kecharis, pour visiter l’église du même nom. Elle ne présente aucune particularité par rapport aux précédents monastères, si ce n’est une collection de Khatchkars vraiment très beaux. Il s’agit de stèles de pierre, finement ciselées et ouvragées, repésentant une croix.

Nous filons maintenant voir le monastère (oui, encore!) de Saghmosavank. A ce stade là vous avez dû comprendre que « Vank » signifie Monastère… Ce dernier n’est pas exceptionnel, en revanche son emplacement est vraiment impressionant. Il est en effet perché en haut d’une falaise, en bordure immédiate d’un profond canyon. Vincent en profite pour sortir un peu le drone.

Monastère de Saghmosavank, vu du ciel

Quelques kilomètres plus loin, le long du même canyon, se dresse un autre monastère, celui de Hovhannavank, bicolore avec ses pierres roses et noires, il est tout aussi impressionant.

L’hospitalité Arménienne

Aujourd’hui, pour changer de toutes ces églises et ces monastères, nous avons repéré un autre type de monument à visiter : une Forteresse ! Nous prenons donc la route des montagnes au Nord Ouest d’Erevan, à travers un paysage désertique à plus de 2000m d’altitude !

Cette forteresse du VIIème siècle, se dresse au bout de cette longue route qui ne va nulle part ailleurs, c’est le bout du monde ! Nous y arrivons au coucher du soleil, ce qui permet de faire quelques belles photos et un petit tour d’horizon avec le drone.

Après un rapide coup d’oeil à la forteresse, et la nuit tombant, nous décidons de rester dormir sur place, sur le petit parking devant l’entrée. Alors que nous allions nous préparer un diner rapide, un couple d’Arméniens vient engager la conversation. Il s’agit de Tatül et Téminë, la quarantaine, frère et soeur, qui travaillent au petit bar/sandwicherie du parking. Ils nous invitent à diner avec eux dans le local qui leur sert d’arrière-boutique et de maison.

Ils sortent des tas de choses à manger, du sucré, du salé, du chaud, du froid et surtout beaucoup d’alcool. Tout est disposé en même temps sur la table et chacun se sert selon ses envies, à l’Arménienne donc. A peine le verre est vide qu’il est aussitôt rempli. Ils nous font goûter leur « vodka » maison, incroyablement forte, et nous sortons la Chartreuse, qui ne rencontre pas un grand succès… Nous faisons honneur au repas, ainsi qu’aux bouteilles sur la table, très vite nous sommes tous fin saouls, nous parlons subitement bien mieux arméniens et eux se rapppellent de leur cours de français à l’école ! Nous buvons encore beaucoup, parlons moins et dansons un peu. 

Il est temps de rentrer au camion, non sans avoir vomi tout ce généreux repas sous les étoiles. Lola finira même sa course les fesses dans une fontaine bien fraîche !

Tatül & Téminë

Le lendemain, nos hôtes de la veille nous attendent avec leur vache pour le petit déjeuner, nous buvons un lait fraîchement tiré et devons refuser un verre de Vodka, qui semble habituel au petit déjeuner ici.

Préparation du petit-déjeuner

Histoire de finir de dégriser, nous partons visiter la forteresse de plus près, ainsi que l’église attenante. L’ensemble se situe sur un promontoire rocheux entre 2 canyons, et le seul accès est barré par un imposant mais endommagé mur de fortification. 

Ce site isolé et sauvage contraste avec l’accueil chaleureux que nous avons reçu. Cela restera l’un de nos meilleurs souvenirs en Arménie.

Le Saint Siège

En redescendant de notre montagne, nous faisons un arrêt à Etchmiadzine. Cette ville est spéciale pour tous les Arméniens car elle abrite le siège de l’église catholique arménienne, ainsi que son « pape », le « Katholicos ».

Il s’agit donc d’un lieu saint pour les Arméniens, qui sont pour la plupart très croyants. Nous visitons ce mini-Vatican, plein d’églises, de monastères, et de musées, dont celui de la Cathédrale, dans lequel nous pouvons voir un bout de l’arche de Noé, la lance ayant servi à achever Jesus, ainsi que tout un tas de babioles religieuses de plus ou moins bon goût.

Une église moderne, pour changer…

Pour rester sur notre lancée culturelle, nous décidons d’aller visiter le musée archéologique de Metsamor, non loin de la capitale. Beaucoup d’objets trouvés lors de fouilles sont exposés, témoignant de l’occupation très ancienne des lieux. De jolis choses à voir, notamment des bijoux et des restes de poteries, mais rien d’exceptionnel non plus.

Musée archéologique de Metsamor

Nous dormirons sur place, et demain, nous irons à Erevan, la capitale.