Épisode 26 – Derniers jours en Iran

Qom d’habitude !

Nous reprenons la route de retour, en remontant toujours plus vers le nord, et chaque kilomètre nous éloigne un peu plus de la chaleur, du sable et des chameaux… Nous décidons de rejoindre la mer Caspienne, avant de retourner plein ouest, direction la Turquie.

Mais tout d’abord, nous faisons un petit détour sur la route de Téhéran en allant à Qom. Nos avons entendu beaucoup de choses sur cette ville, certains nous ont assuré que le Mausolée de Fatima vaut vraiment le détour, alors que d’autres nous assurent que cette ville n’est qu’un repère d’extrémistes religieux conservateurs et obtus. Il s’agit en effet d’un bastion de Mollah, ces érudits religieux qui sont à l’origine de la révolution islamique. Ici, pas question de se balader le foulard mal mis ou les bras à l’air : l’application de la loi islamique y est rigoureuse nous préviennent les iraniens ainsi que le Lonely.

Nous décidons d’aller vérifier par nous-même !

Qom est célèbre pour abriter les mausolées de Fatima, fille du 7ème Immam, et soeur du très vénéré Imam Reza, le 8ème des 12 imams Chiite. C’est donc le 2ème site de pélerinage Chiite en Iran, juste après Mashad. Il s’agit également du centre d’enseignement religieux et de formation de mollah et d’imams le plus vaste et le plus actif du monde musulman chiite. C’est aussi le berceau de Khomeini, la ville qui l’a vu grandir, faire ses premiers prêches révolutionnaires, et c’est ici qu’il est revenu triomphant de son exil en France après la fuite du Shah…

C’est pour toutes ces raisons que l’accès au complexe du mausolée (38.000 m² tout de même) est très contrôlé, et les « non-musulmans » doivent être escortés par un guide officiel, qui nous explique l’histoire de l’Imam Reza et de sa soeur, ainsi que de l’Islam en général, mais qui veille aussi à nous faire suivre un parcours précis qui évidemment ne nous laisse pas visiter tout le site à loisir…

Notre « guide »

Et bien sûr Lola doit une fois de plus revêtir un magnifique tchador à fleur, qui nous affiche ouvertement comme touristes, s’il y en avait encore besoin…

Le rideau de douche réglementaire !

Le site est immense, on ne compte plus les dômes, les minarets, les salles de prières, les restaurants… Tous les dômes sont recouverts d’or pur, ainsi que de nombreux éléments de décoration. Notre guide nous explique que les fidèles sont très généreux ! L’argent a servi à construire le mausolée, et il est aujourd’hui utilisé pour l’entretenir, mais aussi pour financer des oeuvres caritatives, et des repas gratuits sont distribués aux pauvres de la ville.

Il insiste pour nous offrir des coupons permettant de prendre un repas dans la salle de restauration reservée aux pélerins. Nous comprenons qu’il ne tolèrera pas un refus, et nous avons un peu la dalle donc nous acceptons !

Le repas est sommaire mais bon, la salle de restauration est un vrai gymnase, c’est à peine croyable !

Malgré ses sourires enjôleurs, ses propos pacifiques sur l’Islam et sa gracieuse invitation à déjeuner, nous ressentons derrière cette façade de bienveillance une autorité impressionante chez notre guide. Sur son passage, les femmes réajustent leurs chadors et détournent le regard. Le ton se veut chaleureux, mais le compte n’y est pas, on sent bien qu’il est en pleine opération séduction, mais ça n’aura pas pris avec nous…


Téhéran : le retour !

Après cette visite étrange, nous reprenons la route embouteillée de Téhéran pour respirer un bon grand bol de pollution ! Nous y resterons quelques jours, en profitant pour faire quelques courses et visiter quelques endroits que nous n’avions pas encore eu l’occasion de découvrir ! Parmi lesquels :


La tour Azadi

Achevée en 1972, ce monument n’est pas à proprement parler un trésor architectural, il s’agit de « l’arc de triomphe » local, érigé au milieu d’un immense rond-point. La construction est recouverte de plaques de marbres blanc, dans un style voulu moderne. C’est un incontournable de la capitale iranienne que nous avons trouvé très dispensable…

La tour Azadi

La tour Milad

Nous visitons également la tour Milad, une immense tour de 435 mètres de haut qui surplombe la ville. N’ayant pas vraiment de chance avec la météo ces jours-ci, nous décidons de nous y rendre à la nuit tombée en se disant que ce sera certainement plus impressionnant ! Et en effet, la vue depuis la plateforme circulaire du sommet est saisissante !

La tour Milad vue d’en bas

Déambulations Téhéranaises

Nous passons quelques jours supplémentaires à arpenter les rues agitées de la capitale, nous tentons de rejoindre la station de ski de Tochal, au nord de la ville, mais la météo n’annonce pas vraiment un temps dégagé et même des chutes de neige en quantité. Nous renonçons donc…

On décide de se rabattre sur le musée d’Art comtemporain : fermé pour travaux ! Les déceptions s’enchaînent ! Dans ce cas là, il ne faut pas se laisser abattre ! Nous cherchons et trouvons une pâtisserie à l’européenne dans le but de dévaliser croissants et autres éclairs au chocolat… Oui mais voilà, ici les « pâtisseries » quand elles ouvrent le matin, rien n’est prêt, les étalages sont vides, ils commencent à peine à faire la pâte… Décidemment, l’Iran n’est pas un pays de lêve-tôt ! Nous nous consolons en achetant quelques macarons (de la veille donc) qui seront réduits en bouillie après plus d’une heure de métro…

La lose…

On se remettra de nos déceptions avec une dernière soirée sur le parking de Khomeini, devant le Roi Lion et avec une bonne Chicha !


Rasht, l’occidentale

L’extension de notre visa arrive à échéance, et nous devrons bientôt nous présenter à la frontière Turque au poste frontière de Sero-Esendere, mais il nous reste suffisamment de temps pour faire un très gros détour par la mer Caspienne.

Nous mettons donc le cap sur Rasht, une ville du littoral, un peu en retrait de la mer. L’athmosphère ici y est étrange, il y a un petit quelque chose de différent dans l’attitude et la tenue des gens, ainsi que dans l’architecture des bâtiments. Nous cherchons un moment avant de mettre le doigt dessus : cette ville fait très européenne.

Nous sommes entourés de sommets enneigés qui ne sont pas sans nous rappeler les Alpes, il y a des sapins, les jeunes portent des habits bien plus proches de ce que nous connaissons, la mairie semble venir tout droit de France, et il y a même un carillon qui sonne les heures ! C’est très déstabilisant !

L’hôtel de ville de Rasht, et son carillon
Le style n’est pas très dépaysant !

Aujourd’hui c’est Noël, en tous cas pour ceux qui y croient, ou au moins pour ceux qui vivent dans un pays ayant récupéré le concept d’un point de vue marketing. Ici, ce n’est pas le cas. Pas de décorations lumineuses tapageuses et douteuses, pas de Pères Noël glauques pendus aux fenêtres, pas de sapins abbatus pour pourrir le long des avenues, pas de pic de consumérisme particulier. Un jour comme un autre, loin du tumulte habituel et de la « magie de Noël » de façade.

Nous ferons simplement un petit tour dans le très sympathique marché (oui oui, en plein air, ou presque !) de Rasht, qui nous change décidément un peu plus du reste du pays et de ses sempiternels bazars.

Sur les étals, parmi les têtes de moutons et les fruits, le Poisson est bien sûr omniprésent

Masouleh, le village à étages

Nous quittons Rasht et reprenons la routes à travers les routes « alpines » des contreforts de l’Albourz, en direction du Nord pour rejoindre Masouleh. Nous traversons des forêts de sapins, des vallées fertiles où serpentent de nombreux ruisseaux. Après toute la chaleur et la sécheresse du Sud du pays, L’Iran ne cesse de nous surprendre !

Masouleh est un petit village de quelques centaines d’habitants, niché sur les flancs d’une montagne. Sa particularité est d’être disposé « en terrasse » : c’est à dire que les maisons sont collées les unes aux autres par rangées, et que les toits d’une rangée de maisons forment la rue et les cours de la rangée du dessus. Aussi, quand vous vous baladez dans le village, vous marchez forcément sur le toit de la maison de quelqu’un ! Du fait de cette particularité, et de l’étroitesse des ruelles, le village est interdit à tous les véhicules à moteur.

C’est théoriquement un endroit touristique, mais en ce 25 décembre froid et gris, nous ne croiserons absolument aucun touriste et pourrons profiter du charme et de l’authenticité du village pour nous tous seuls !

Village perdu, loin de tout, interdits aux motos et voitures, abandonné par les touristes et les vendeurs de souvenirs est si reposant, que nous décidons d’y passer 2 jours, en y louant un adorable petit appartement dans une maison typique, avec une belle vue sur le village.

Les ruelles de Masouleh




La mer Caspienne

Notre route nous mène toujours plus au Nord, les paysages changent encore, le toit des maisons est désormais très « asiatique », avec des pentes raides et des rebords qui remontent sur les angles: il ne manque que des dragons… Les champs sont désormais des rizières, et le thé est massivement cultivé dans la région.

Des théiers !

Puis enfin nous approchons de la côte de la Mer Capienne ! Nous n’avions pas encore fait connaissance avec celle-ci ! Après l’Adriatique, la mer Egée, la mer Noire, et la mer d’Arabie, nous ne pouvions pas manquer l’opportunité de la saluer !


Ardabil

Notre prochaine étape sera Ardabil, une ville de 650.000 habitants, en majeure partie Azéris, de part la proximité de la frontière avec l’Azerbaïdjan. Ici aussi, changement de décor : c’est industriel, sale, à l’abandon… Nous étions habitués à mieux ! Aussi allons nous faire le plein d’esthétisme et de raffinement au Mausolée du cheikh Safi ad-Dîn.

L’entrée du complexe renfermant le Mausolée

M

Tabriz et Orumieh, ça sent la fin…

La météo s’annonce catastrophique : grand froid, puis importantes chutes de neige… Nous ne voulons pas prendre le risque de nous retrouver bloqués par la neige alors que notre visa expire dans 3 jours… Nous mettons donc le cap sur Tabriz, pour une petite halte d’une nuit, et visiter à nouveau l’immense et attachant bazar. Nous y achèterons tout un tas de souvenirs pour nos amis et nos familles, allant du safran aux dattes, en passant par du thé, des biscuits, des magnets et autres babioles locales !

Puis nous reprenons la route, mais nous n’avons pas devancé la neige, elle est tombée dans la nuit, mais heureusement en faible quantité !

Nous traversons des étendues glacées, avant d’arriver au lac d’Orumieh, ou plutôt à l’ancien lac d’Orumieh. En effet, ses eaux ont été déviées, pompées et utilisées jusqu’à ce qu’il ne représente plus que 10% de sa surface d’autrefois. Nous roulons donc sur une route qui traverse un ancien lac asséché, c’est un spectacle désolant, un désastre écologique !

Le lac d’Orumieh

Il nous reste quelques Rials à dépenser, car les changer ne serait absolument pas rentable, donc nous optons pour un passage au bazar (encore) histoire d’acheter de la nourriture pour nos prochains jours en Turquie.

Un casseur de sucre !

 

C’est la fin…

Nous ne sommes plus qu’à 50 kms de la frontière Turque (et 70 de la frontière Irakienne…) Et nous avons 2 jours « d’avance » sur l’expiration de l’extension de notre visa, ça devrait aller…

Un imposant massif montagneux se dresse à l’ouest, entre nous et la Turquie, nous sommes le 31 Décembre. Pas de festivités prévues ce soir, et pour cause : l’Iran a son propre calendrier (solaire), et si nous sommes le 31 Décembre 2018 dans le reste du monde, ici nous sommes le 10ème Jour du 10ème mois de l’année 1397.

Donc demain, point de nouvelle année !

En revanche, demain matin à 8h30, nous serons au poste frontière de Sero-Esendere, sans nous douter de ce qui nous y attend…

Épisode 15 – Téhéran, capitale impétueuse

Nous sommes encore à 70 kilomètres de Téhéran lorsque le trafic sur la route s’intenfie et que le ciel devient un peu plus gris. Les voies de circulation ne servent plus à rien, et c’est à celui qui freinera le moins et qui slalomera le plus ! Vincent se prend vite au jeu et ne s’en sort pas trop mal. 

Il n’y a que 3 files…

« Monsieur Comédie »

Pour des raisons évidentes de tranquilité, d’autorisations de stationnement et pour éviter de circuler dans le centre ville tentaculaire de Téhéran, nous avions repéré un endroit idéal : assez loin du centre, desservi par le métro, équipé de points d’eau, de wc, de douches, avec des boutiques, une boulangerie, avec beaucoup de place, et le tout gardé ! Cet endroit idéal n’est autre que le Mausolée de l’ayatollah Khomeini !

Un endroit étrange, mais idéal pour visiter la ville !

Il s’agit d’un complexe immense, en construction depuis 1989, et toujours pas terminé. Il abrite la dépouille de Rouhollah Khomeini, le célèbre et controversé Guide de la Révolution Islamique. C’est un endroit de pélerinage pour de très nombreuses personnes, et une aberration pour d’autres, notament ceux qui y ont commis un attentat en 2009… Le mausolée est démesuré : 4 tours de 91 mètres (en référence à l’âge de sa mort), 12.000 tapis de 12m², et le site couvrira quand il sera fini plus de 20 km²… 

Le mausolée de Khomeini
Les 4 minarets hauts de 91 mètres !
La dépouille de Khomeini fait l’objet d’une dévotion particulière
Le corps de Khomeini repose sous ce drap, et sous ces billets…

Des copains !

La toute première chose que l’on a remarqué en arrivant sur le parking de notre ami Khomeini, c’est un camping-car immatriculé en France ! Après des semaines à parler anglais, nous sautons sur l’occasion et sur les passagers de ce magnifique camping-car ! 

C’est ainsi que nous faisons la connaissance d’Amandine et Julien, ainsi que de leurs charmants bambins Pablo (bientôt 3 ans), et Gaël (1 an et demi.) Il y a aussi un couple de Suisses, qui se dirige vers… L’Afrique du Sud ! Et oui, et en passant par l’Inde, sinon c’est pas drôle ! 

Amandine et Julien ont également prévu de visiter l’Inde, via la Pakistan (dont ils attendent le visa), pour se rendre en Asie !

Des francophones à Téhéran !

Chacun sa place…

Nous partons visiter la ville et empruntons la station de Métro qui dessert le Mausolée, les installations sont récentes, le ticket est vraiment pas cher, les quais sont propres, et les rames de métro sont… sexistes ! En effet, il existe des compartiments « reservés aux femmes », une façon polie de dire que les femmes (en tous cas iraniennes) sont obligées de s’y rendre. Sur le quai, des écriteaux rappelent l’obligation de porter le hijab. C’est assez perturbant.

La ségrégation hommes/femmes dans les transports en commun
La partie réservée aux femmes

Un musée patriotique !

Nous envisageons d’aller au Pont Tabiat, une passerelle piétonne célèbre pour son design innovant. Pour nous y rendre, nous traversons le parc du « Musée de la Révolution Islamique et de la Défense Sacrée » (rien que ça !) Des portraits de « martyrs » de la guerre Iran-Irak y sont mis à l’honneur, ainsi qu’une collection de véhicules militaires, d’avions, de chars, et même de missiles !

Des reliques de la guerre
Ce parc très militariste abrite malgré tout une belle mosquée

Un lieu étrange, attisant le sentiment patriotique, mais qui ne semble pas attirer les foules. Nous nous contentons de traverser le parc, dubitatifs, et rejoignons le Pont Tabiat.

La passerelle offre une vue imprenable sur les différents quartiers de Téhéran

Le Jardin-Prison

Nous poursuivons notre balade par une visite du Jardin-musée Qasr. Il s’agit d’une ancienne prison transformée en agréable mais étrange parc. Sur le chemin, nous rencontrons Ali, un professeur d’histoire à l’université. Il est, comme la plupart des iraniens que nous rencontrons, ravi de rencontrer des étrangers. Il nous accompagne au parc et en discutant, nous demande de bien transmettre chez nous que les Iraniens ne sont pas des terroristes. Ali, c’est chose faite désormais 🙂

Le lieu est sympa mais l’ambiance miradors et statues de gardiens ne nous convaincs pas, de plus il est déconseillé d’y prendre des photos… Nous rentrons au parking pour un petit apéro occidental, avec quelques bières islamiques bien sûr !

Le faste iranien

Aujourd’hui, nous sommes réveillés par des « pélerins » venus rendre hommage à Khomeini, ils nous apportent du pain et des gâteaux. Décidemment l’accueil des iraniens est vraiment chaleureux !

Nous partons ensuite flâner dans le centre hsitorique.

Marcher dans les rues de Téhéran est agréable jusqu’à que vous ayez besoin de traverser la route. Il faut alors faire face à un flot continu de voitures imprévisibles dont il s’agit pourtant d’anticiper la trajectoire : c’est à chaque fois assez sportif ! L’impression de frôler la mort à chaque instant contraste avec l’apparente habitude qu’ont les Téhéranais de slalomer entre les innombrables motos, bus et autres 405 Peugeot !

Au détour d’une rue, une cabine téléphonique assez singulière !

Devant nous, se dresse la porte Bagh-e Meli, qui marque l’entrée du quartier des musées (musée national, musée de l’art islamique, le musée national Melek et le musée de la poste)

Porte Bagh-e Meli

Nous prenons un réel plaisir à nous égarer dans ces rues très touristiques et remplies de bâtiments plus beaux les uns que les autres ! Puis nous décidons d’aller visiter le musée des arts islamiques. Les expositions sont très riches, et les explications concernant la chronologie des dynasties perses sont relativement accessibles. 

Musée des Arts Islamiques

La culture, ça donne faim, nous mettons le cap sur une sorte de Cantine répertoriée dans le Lonely, et ce fut un vrai régal ! Nous engloutissons un riz grillé accompagné de diverses choses non identifiées mais délicieuses…

Le bazar étant tout proche, nous décidons d’y faire un petit tour, mais nous ne sommes certainement pas dans la partie la plus authentique. Ici, il n’y a que des bazari vendant des babioles chinoises sans intérêt, nous faisons quelques allées et nous ressortons un peu deçus.

Le Palais du Golestan

Nous partons visiter l’un des monuments incontournables de la capitale, le palais du Golestan, l’ancien palais royal de la dynastie Qadjar. Nous n’avions pas suffisament d’argent sur nous pour visiter la totalité des nombreuses ailes du bâtiment, mais celles que nous visitons nous en mettent plein la vue !

Une des ailes du Palais
Détail d’une porte du Palais

Ce soir, nouvel apéro, et au lit !

« Mort à l’Amérique ! »

En ce 11 Novembre triste et pluvieux, nous nous rendons dans un lieu tristement célèbre : l’ancienne Ambassade des Etats-Unis à Téhéran !

Il s’agit de là où s’est tenue la crise iranienne des otages : en novembre 1979, des étudiants iraniens manifestent contre l’asile américain accordé au Shah en exil, et réclament son extradition en Iran afin qu’il y soit jugé. La foule en colère prend d’assaut le bâtiment et y découvre du matériel d’espionnage utilisé par une cellule secrète de la CIA. Ils décident alors de prendre en otage les américains présents et demandent l’extradition du shah en échange de leur libération. Leur captivité durera 444 jours…

Cette histoire est racontée dans le film de Ben Aflleck : Argo.

L’entrée de l’Ambassade

Aujourd’hui, l’Ambassade est transformée en musée, où sont exposés les matériels d’espionnage trouvés sur place lors de l’attaque du bâtiment. Il y a notamment une pièce spécialement isolée pour ne pas être écouté, un émetteur-récepteur satellite caché sous une coupole, deux pièces secrètes équipées de machines enigma, ainsi que des broyeurs qui ont servis à détruire les documents sensibles lors de l’assaut. 

Le lieu à été renommé en « US den of espionage » (Repaire d’espions américains)

La grille de l’ambassade

Les murs dans la rue autour de l’ambassade sont recouverts de fresques anti-américaines, comme on peut le voir notamment dans le film Persepolis :

Nous rentrons au camion, où nous attendent Amandine et Julien, avec une très bonne surprise : de la (vraie) viande prête à griller sur un barbecue ! Une bonne façon de finir ce séjour dans la capitale. Au cours de ce délicieux repas, nous décidons de partir le lendemain tous ensemble direction le désert !

Épisode 14 – « Welcome to Iran ! »

Le Nord-Ouest : Une transition en douceur

Une frontière tant attendue

Nous sommes le 5 Novembre, enfin ! Nous avons attendu ce jour avec impatience et parfois inquiétude. Nous sommes venus à bout des pistes et routes défoncées d’Arménie, nous y avons passé un mois et vécu de belles expériences. Cela nous fait un petit pincement au coeur de quitter ce pays si attachant, mais nous avons tellement galéré pour en arriver là que nous avons vraiment hâte de franchir la frontière qui se dresse à quelques centaines de mètres.

Nous avons juste le temps de décrasser le camion de toute la boue de la veille et nous filons droit à la douane. Devant nous dans la file apparaît une silhouette familière : le camping-car de Bernd et Angelicka, un charmant couple de retraités allemands que nous avions rencontrés au camping arménien. Nous sommes heureux de les re-croiser ici, et nous échangeons sur les formalités à venir, ainsi que sur nos craintes par rapport à la durée de la paperasse.

Les vérifications douanières de nos passeports, des papiers du Vito, la fouille sommaire, la rencontre de l’agent d’Hossein nous auront pris plus de 5 heures… Mais finalement tout est en règle, nous pouvons partir !

Multi-millionaires

Il reste cependant un « détail » à régler : l’argent ! En raison des sanctions qui frappent l’Iran, aucune carte bancaire occidentale ne peut y fonctionner, il faut donc rentrer avec tout l’argent nécessaire à la durée du voyage, car après il n’y a plus aucun moyen de s’en procurer… Nous avons prévu un montant de 900€ pour un mois, histoire d’être large et anticiper d’éventuels frais de réparations ou d’entretien sur le camion. Il faut aussi savoir qu’il existe 2 taux de change en Iran : celui des banques (que personne n’utilise) et celui de la rue (le « vrai » taux). Aujourd’hui, 1 € vaut 140 000 Rials.

Nous quittons donc le poste frontière avec 125 Millions de Rials… Et ça représente un sacré paquet de billets…

On a subitement l’impression d’être riches !

Les rois du pétrole

A peine la frontière franchie, nous nous dirigeons vers une station service pour faire le plein. La surprise est bonne : ici, le litre de gasoil coûte entre 2 et 4 centimes d’euro selon si l’on vous fait payer le prix iranien ou le prix touriste. Au pire, le plein de 70 litres revient à 4€… 

Nous prenons un copieux repas dans un resto routier, qui nous coûte la modique somme de 500 000 Rials (même pas 4€ à deux !) Décidement, ce n’est ni la nourriture ni le carburant qui nous coûteront cher dans ce pays !

A gauche l’Iran, à droite l’Arménie

Nous longeons la frontière matérialisée par une rivière boueuse, en direction du Nord-Ouest, de nombreux miradors surveillent les alentours.

Pour ne pas changer…

Notre première destination en Iran sera un… Monastère Arménien ! Et oui ! Il faut savoir que jadis les frontières de l’Arménie étaient bien plus étendues, et que beaucoup de vestiges historiques sont désormais en Turquie ou en Iran.

Nous croisons une toute petite église, perchée sur une colline. Plutôt mignonne !

Le long de la route, nous appercevons un magnifique caravansérail que nous nous empressons d’aller visiter ! Rien à voir avec celui de Selim en Arménie, celui-ci est bien restauré et nous met tout de suite dans l’ambiance !

Caravansérail

Après cette petite étape dépaysante, nous arrivons en terrain conquis dans ce très beau monastère arménien de Saint Stephanos !

L’église Saint Stephanos

La nuit tombe, nous dormirons sur place.

Des troupeaux de lions

Une des premières choses qui nous a marqué une fois la frontière passée, c’est la quantité impressionante de Peugeot 405. Si la Lada est incontestablement la voiture nationale en Arménie, ici c’est Peugeot qui se taille la part du lion (!) avec son vieux modèle français. Plus d’une voiture sur deux est une 405 blanche, le reste ce sont des Renault Tondar (oui oui), des Renault Sandero (oui, aussi…), des Peugeot Pars (décidemment) et des Saba Saïpa !

Autant dire qu’avec un Mercedes Vito et des plaques en alphabet latin, nous ne passons pas inaperçus, au contraire ! Les gens nous klaxonnent, nous saluent et sont visiblement surpris et ravis de voir des touristes… 

Tabriz, notre première étape

Ici, les routes sont merveilleusement lisses, larges et bien entretenues, tout le contraire de l’Arménie. Nous prenons celle de Tabriz, la capitale du Nord Ouest de l’Iran, première grosse ville sur notre itinéraire.

C’est un plaisir de pouvoir conduire sans devoir faire attention en permanence aux nids de poule et aux vaches. En revanche, en arrivant en ville nous comprenons qu’ici le problème viendra des autres voitures… Tout le monde fait absolument n’importe quoi, personne ne respecte les feux, ni les stops, et les différentes voies de circulation matérialisées au sol par des lignes blanches ne servent strictement à rien ! C’est l’anarchie la plus totale et la plupart du temps s’il y a 3 voies de circulation, on monte facilement jusqu’à 5… Les piétons doivent traverser un flot incessant de voitures, et semblent risquer leur vie à tout moment ! Carrément flippant !

Nous trouvons un parking et décidons de nous jeter à pied dans la jungle urbaine iranienne. On apprend qu’aujourd’hui c’est férié et veille de week-end, et qu’il n’y a pas grand monde… Nous en profitons pour visiter le Bazar de Tabriz (7km² tout de même !)

Bazar de Tabriz

C’est très animé et l’on trouve de tout : tapis, ustensiles en cuivre, bijoux, épices… Nous achetons du fromage, des olives et quelques autres douceurs locales… En Iran, les Bazars sont toujours le lieu privilégié des gens pour faire leurs achats, et beaucoup de monde s’y presse toute la journée. On y trouve aussi des restaurants, des mosquées et même parfois des hôtels dans d’anciens caravansérails.

Puis nous allons visiter la Mosquée Bleue, mais à cause de ce jour férié en Iran, elle est fermée et nous devrons nous contenter de la voir depuis l’extérieur seulement ! Déception !

La porte de la Mosquée Bleue de Tabriz
La Mosquée Bleue

Kandovan, le gruyère Iranien

Nous avons profité de notre passage à Tabriz pour acheter des cartes SIM Iraniennes chez Irancell. Nous prenons des nouvelles de nos amis Allemands, qui nous parlent d’un site troglodyte assez proche, le village de Kandovan. Nous décidons de les y rejoindre.

Si à Tabriz la pluie était de la partie, à notre arrivée à Kandovan, c’est un épais brouillard qui vient gâcher la fête ! Le village semble plutôt attrayant, mais nous n’y voyons strictement rien… Nous sommes assez déçus mais nous faisons quand même un petit tour du village.

Le village est encore habité, et les maisons sont nombreuses
On voit à peine l’autre côté du pont !

De retour au camion, des iraniens se relaient pour se prendre en photo devant le Vito et devant le camping-car des Allemands ! C’est très bizarre ! Ils tiennent à visiter l’intérieur et nous posent beaucoup de questions ! « Welcome to Iran ! »

Nous quittons cette cité troglodyte ensevelie sous le brouillard pour nous rendre à Soltaniyeh. Si le gasoil est quasiment gratuit ici, il est en revanche très difficile de s’en procurer ! Tout d’abord, absolument tout le monde roule à l’essence, seuls les poids lourds et les bus ont un moteur diesel. Du coup toutes les stations n’en ont pas forcément, et vu les distances entre chaque station, mieux vaux faire le plein dès qu’on en trouve ! Ensuite, une fois une station trouvée, il faut une « Gasoil-Card » pour se servir. Certains pompistes en ont, mais la plupart n’en ont pas. Il faut alors attendre un poids-lourd pour demander au routier qu’il nous prête sa carte pour faire le plein. Si certains essayent de nous faire le litre à plus de 20 000 Rials, la plupart nous demandent seulement 6 000 (le prix touriste) parfois 3 000 (le prix Iranien) ou même refusent carrément notre argent et nous font le plein gratuitement… C’est dingue !

La nuit tombe, cette station service buyante et sale fera un très spot pour dormir !

Soltaniyeh

Nous traversons des paysages réputés enchanteurs, les « Montagnes colorées », le brouillard toujours présent les rendent monochromes… Nous poursuivons notre route vers Soltaniyeh, où nous visitons l’impressionant Mausolée d’Oljeitu, qui date de 1300.

Le Mausolée d’Oljeitu
Les murs recouverts de terre
Le reste de la ville en revanche, ne fait pas rêver

Nous marchons quelques kilomètres jusqu’au Mausolée voisin de Chalapi Oghli, bien plus petit et moins touristique, il doit sans doute honorer la mémoire de quelqu’un de bien moins important !…

Mausolée de Chalapi Oghli

Qazvin

Aujourd’hui, nous descendons toujours, pour rejoindre Qazvin, la prochaine ville sur la route de Téhéran. La brume se lève peu à peu, et nous appercevons des sommets enneigés tous proches !

La neige est proche !

Le Bazar de Qazvin est réputé pour sa beauté, et nous ne pouvons que confirmer ! Il est immense, bien restauré, et héberge à présent de nombreuses boutiques de créateurs et d’artisans. S’y promener est un bonheur, et nous boirons un thé accompagné de petits gâteaux dans la très jolie cour intérieure d’un petit Caravansérail. En Iran, les gens mangent et boivent à même le sol, accroupis sur des tapis. Au restaurant, il y a donc des sortes de plateformes à 30 cm du sol, recouvertes de tapis et de coussins sur lesquelles on s’installe pour se restaurer, déchaussés bien sûr ! C’est un peu déconcertant, mais on s’y fait très vite !

La Bazar de Qazvin

Après cette charmante balade, nous rentrons au camion avec quelques patisseries locales pour y passer la nuit.

Demain, nous irons à Téhéran !